LA PERLE DE GRAND PRIX
Laurence Freeman, osb
Le royaume des cieux est encore semblable à un marchand
qui cherche de belles perles  Il a trouvé une perle de grand
prix; et il est allé vendre tout ce qu'il avait, et l'a achetée.  
(Matthieu 13:45
)
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
    PREMIERS PAS, PREMIERS OBSTACLES
    Ainsi, vous commencez là où vous êtes et tel que vous êtes. Si vous êtes lié à
    une paroisse ou à une communauté priante, commencez par là. Parlez au prêtre
    ou au pasteur, ou au conseil paroissial, ou à des paroissiens que vous fréquentez.
    Expliquez-leur ce que ce don signifie désormais pour vous. Mais attendez-vous à
    susciter la surprise, la gêne et même la méfiance. Souvenez-vous que lorsqu’ils
    entendent parler de la méditation pour la première fois, la plupart des gens
    auront tendance à penser, dans le meilleur des cas, qu’il s’agit de quelque chose
    de nouveau et d’étrange, et dans le pire, de tout à fait étranger ou menaçant.
    Restez calme et ne vous énervez pas ! Au demeurant, il est utile de s’accoutumer
    aux perceptions et idées fausses les plus courantes sur la méditation. En voici
    quelques unes parmi les plus répandues :

  • La méditation n’est pas chrétienne. Elle est importée du bouddhisme ou de l’
    hindouisme. Expliquez du mieux que vous pouvez que la méditation est une
    discipline spirituelle universelle, connue de la plupart des autres religions,
    particulièrement celles qui sont antérieures au christianisme. Mais la voie de la
    prière silencieuse est profondément enracinée dans la tradition chrétienne, son
    histoire, sa théologie et ses Écritures. Pour cela, il vous sera très utile de
    comprendre la tradition transmise par John Main telle qu’il l’a décrite
    particulièrement dans Un mot dans le silence, un mot pour méditer et Les
    conférences de Gethsémani. Un partage de ces petits livres clairs et puissants est
    une excellente façon d’établir des relations confiantes. Ils permettent de donner
    confiance aux nouveaux méditants qui comprendront mieux en quoi la
    méditation est une voie de prière et de foi. Deux autres ressources sont très
    utiles pour établir fermement la méditation en territoire chrétien, ce sont le
    petit livret La méditation chrétienne, votre prière quotidienne, et la vidéo
    Coming Home, qui raconte également l’histoire de la Communauté mondiale à
    travers des témoignages de méditants du monde entier.

  • Le mantra n’est pas chrétien. La peur que la méditation ne soit pas chrétienne
    peut se traduire également par une certaine gêne vis à vis du mantra, aussi bien
    le mot lui-même que « l’œuvre » enseignée par la tradition. Là encore, il existe
    un enseignement solide et cohérent. Il y a d’abord la révélation essentielle par
    Jean Cassien du secret de la sagesse du désert dans ses magnifiques IXe et Xe
    Conférences sur la prière : la pauvreté en esprit qu’il identifie à l’humble
    récitation de quelques mots sacrés : « la formule (formula), dit-il, qui nous aide à
    fixer notre attention sur le Seigneur et non sur nous-mêmes ». Le nuage d’
    inconnaissance, un classique du XIVe siècle, l’appelle « le seul petit mot » qui
    nous aide à nous détourner des distractions pour entrer dans le mystère
    silencieux de Dieu. John Main a eu l’intuition d’appeler le mot sacré un « mantra
    », rattachant ainsi la tradition spécifiquement chrétienne à la sagesse
    universelle. Ce mot sanscrit (la langue mère de toutes les langues européennes)
    désigne ce « qui clarifie la pensée », un court verset des Écritures ou un mot
    sacré que l’on répète afin de renforcer l’attention. En ce sens, les paroles de la
    messe, les bénédictions et toutes sortes de prières familières et répétées sont
    des mantras. Enfin, il y a l’autorité de Jésus qui nous dit de ne pas multiplier les
    paroles, mais de nous retirer dans notre chambre secrète pour y prier, non pas
    avec nos lèvres, mais en silence, tourné vers Celui, nous dit Jean Cassien, « qui
    ne tient pas compte des paroles mais regarde au cœur ».

  • La méditation est dangereuse.  Cette objection est le plus souvent avancée par
    les fondamentalistes dont l’aversion pour le mystère et le besoin de certitude
    littérale et absolue cache souvent une très grande peur refoulée. Toute remise
    en question de la certitude qu’ils tiennent pour l’essence même de la vraie foi
    les offense ou les effraie et provoque des réactions de colère. « Si vous vous
    ouvrez, ou si vous videz votre esprit, disent-ils, le diable entrera ».   La
    méditation ne cherche pas à vider le mental mais à nous faire devenir pauvres en
    esprit, ouverts à la présence qui réside en nous. Les chrétiens qui croient en la
    résurrection et en la présence du Christ en eux devraient avant tout aborder la
    méditation avec confiance et espoir.  

  • La méditation est égoïste. C’est aussi ce que pensait Marthe. Mais Jésus lui
    répondit que Marie avait choisi « la meilleure part ». L’exemple même de sa vie
    nous montre qu’il équilibrait les périodes de ministère actif par des temps de
    retrait et de silence. L’égoïsme, c’est de se regarder le nombril. La méditation
    est le plus pur travail d’altruisme que nous puissions faire parce qu’elle porte
    notre attention ailleurs que sur les desiderata de l’ego. Progressivement, cela
    devient une habitude, un mode de vie. Et progressivement, nous voyons que
    notre prière n’est pas une alternative à l’action, mais son fondement même. Nous
    découvrons le lien inextricable entre l’être et le faire et le simple fait que la
    qualité de notre vie se mesure à l’aune de notre prière. Si celle-ci n’est tournée
    que vers nous-mêmes, il en sera de même pour notre vie. Si la méditation ne
    montrait pas ses fruits dans un plus grand amour et une plus grande compassion,
    ce serait une objection majeure, et valable. Comme nous l’avons souligné
    précédemment, la vraie mesure de l’efficacité de la méditation est de se poser la
    question : « Suis-je en train de grandir en amour ? »

  • La méditation n’est qu’une technique de relaxation. Quand les médias parlent de
    méditation, c’est surtout pour souligner qu’elle fait baisser la tension artérielle,
    monter la température du corps et augmenter les ondes bêta. Rien de surprenant
    à cela dans un monde médical et scientifique qui affirme la primauté des facteurs
    chimiques et biologiques dans la détermination du comportement et de l’
    identité. Certes, il est scientifiquement bien établi que la méditation est un
    moyen exceptionnellement efficace de se détendre et d’éprouver les bienfaits
    physiques et psychologiques d’une diminution du stress et de l’anxiété. Mais ces
    fruits ne sont que les bénéfices secondaires, aussi appréciables soient-ils, de ce
    qui est d’abord et avant tout une façon de prier. Disons simplement que la
    science moderne a fini par rattraper la sagesse ancienne.

    Quelles que soient les objections que l’on vous oppose si vous dites que vous
    allez démarrer un groupe, soyez attentifs, écoutez-les. Essayez de voir d’où elles
    viennent. Ne soyez pas susceptibles et ne cherchez pas à argumenter. Souvenez-
    vous que la plupart des prêtres, par exemple, n’ont jamais été initiés à la prière
    contemplative au cours de leur formation. On leur a appris à se considérer
    comme des administrateurs plutôt que des initiateurs spirituels, de sorte qu’il
    est humain qu’ils se sentent menacés ou déstabilisés par un laïc qui vient leur
    parler de contemplation. Et n’oubliez pas que vous ne prétendez pas – et la
    tradition ne l’enseigne pas – que la méditation est la seule façon de prier. Tâchez
    de partager votre propre expérience du fait que la méditation n’est pas un
    substitut mais un soutien à toutes les autres prières individuelles et collectives.
    Elle nourrit la vie chrétienne dans toutes ses dimensions et nous ramène à la
    vérité vivante de l’Évangile avec plus d’intensité, si elle ne nous amène pas à la
    découvrir, avec une merveilleuse fraîcheur, pour la première fois.

    Si votre suggestion de démarrer un groupe est rejetée, réagissez en contemplatif.
    Vous y gagnerez en force. Demandez-vous s’il est opportun d’attendre et de
    refaire plus tard une demande, ou s’il vaut mieux explorer d’autres voies, d’
    autres lieux ou communautés. Vous pouvez aussi bien avoir de la chance et
    rencontrer une vraie ouverture, de la gratitude même, d’avoir fait une telle
    suggestion, et de l’impatience à vous aider. Que demander de plus ?
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LA PERLE DE GRAND PRIX
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